Au cœur de la Scandinavie du XVIIᵉ siècle, lorsque la peur du Diable et des forces invisibles gagnait les villes comme les campagnes, la rumeur devenait une arme plus tranchante qu’une lame. Dans ce climat de suspicion permanente, une femme élégante et respectée de Stockholm fut entraînée dans une spirale infernale : Anna Zippel.
Son nom résonne aujourd’hui comme l’un des symboles les plus tragiques des chasses aux sorcières en Suède, où l’angoisse collective suffisait à condamner sans preuve.
👩⚖️ Une existence ordinaire… jusqu’à l’accusation
Anna Zippel n’était pas une paysanne marginale ni une femme isolée vivant aux portes d’un village. Elle appartenait à la haute société de Stockholm, évoluant dans un milieu relativement privilégié, entourée de relations et d’une certaine influence.
Mariée à un homme aisé, elle menait une vie qui aurait dû la protéger des ragots… mais c’était sans compter sur une époque où l’ombre de la sorcellerie pouvait frapper n’importe qui.
Anna était également liée au commerce de remèdes, potions et préparations, une activité courante dans une société où la médecine était encore incertaine, et où les savoirs traditionnels circulaient de main en main. Pourtant, ce qui pouvait sembler utile et banal devint rapidement suspect.
Car à cette période, il suffisait qu’un remède fonctionne trop bien… ou pas assez… pour que la méfiance s’installe.

🕯️ La peur du sabbat
À la fin des années 1660, Stockholm fut gagnée par une hystérie collective. Des habitants affirmaient que des enfants disparaissaient mystérieusement, enlevés durant la nuit pour être emmenés à des rassemblements impies. On murmurait l’existence de sabbats nocturnes, de cérémonies interdites, et même de rencontres avec le Diable.
Dans les tavernes, les maisons, et jusque dans les rues, une idée s’imposa : les sorcières étaient parmi eux.
C’est dans ce contexte explosif que le nom d’Anna Zippel fut prononcé. Puis répété. Puis amplifié. Jusqu’à devenir une évidence pour certains.
Malgré sa dignité et son rang social, les témoignages s’accumulèrent contre elle. Des voix la désignèrent comme une figure centrale de ces rassemblements, allant jusqu’à la surnommer la “reine de Blockula”, ce lieu mythique associé aux sabbats et aux pactes démoniaques.
Dans une société où la peur dominait la raison, il ne fallait pas plus pour faire d’elle une coupable idéale.
⚖️ Un procès inéquitable
Lorsque l’affaire fut portée devant les juges, le procès prit rapidement une tournure terrifiante. On rapporte que plus d’une cinquantaine de témoins déclarèrent l’avoir vue commettre des actes impossibles : emmener des enfants, les soumettre à des rites obscurs, pactiser avec des forces invisibles, ou participer à des cérémonies nocturnes.
Ces récits, souvent contradictoires, ressemblaient davantage à des cauchemars qu’à des faits. Mais dans les procès de sorcellerie, la logique ne pesait pas lourd face à la panique collective.
Anna tenta de se défendre avec courage. Elle clama son innocence, expliquant que ses remèdes n’étaient rien d’autre que des préparations traditionnelles, destinées à aider les malades et à soulager les douleurs.
Mais dans une époque où le moindre mystère pouvait être attribué au Diable, ses explications ne suffirent pas.

🔥 Une fin tragique
Sans preuves concrètes, mais avec la peur comme seule juge, Anna Zippel fut condamnée pour sorcellerie.
Et comme tant d’autres femmes avant elle, elle fut victime d’une justice aveuglée par la superstition et la pression populaire.
Son destin fut scellé dans la violence : elle fut décapitée, puis son corps fut brûlé.
Une fin brutale, qui symbolise à elle seule l’ampleur des chasses aux sorcières en Europe : un monde où une rumeur pouvait devenir un arrêt de mort.
🕯️ Héritage et mémoire
Aujourd’hui, l’histoire d’Anna Zippel est bien plus qu’un récit macabre : c’est une mémoire, un avertissement, une trace laissée par celles qui furent accusées à tort.
Elle incarne ces femmes — souvent indépendantes, différentes, ou simplement mal comprises — que l’on a sacrifiées sur l’autel de la peur collective.
Son nom nous rappelle une vérité glaçante : parfois, le danger ne vient pas de la magie… mais de la manière dont une société choisit ses coupables.