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Date de l'évenement

25 juillet (sam.) : 10h–21h00 | 26 juillet (dim.) : 10h–18h

Parmi tous les lieux réputés liés aux sabbats de sorcières, Zugarramurdi occupe une place à part. Ici, le mot akelarre — souvent traduit par « sabbat » — n’est pas une invention moderne : il naît du folklore basque, puis entre brutalement dans l’histoire à travers l’un des plus célèbres procès de sorcellerie d’Europe.

Mais les grottes de Zugarramurdi furent-elles réellement un lieu de rituels occultes ? Ou bien le théâtre d’un mythe amplifié par la peur, l’Inquisition et la construction d’un récit judiciaire ? Comme pour le Brocken, croisons les sources.


Zugarramurdi : un village frontalier au cœur des peurs

Zugarramurdi est un petit village de Navarre, au Pays basque espagnol, situé à quelques kilomètres de la frontière française. Son environnement est marqué par une nature humide, boisée, des rivières souterraines et de vastes grottes naturelles utilisées depuis des siècles comme lieux de passage, d’abri ou de rassemblement.

Ces grottes — aujourd’hui appelées grottes de Zugarramurdi — forment une grande cavité traversée par un ruisseau, ouverte, accessible, loin de l’image d’une caverne secrète réservée à quelques initiés. Ce détail est essentiel : on est face à un lieu communautaire, pas à un sanctuaire caché.


Akelarre : origine réelle d’un mot devenu universel

Le terme akelarre vient du basque aker (bouc) et larre (pré, clairière). Il signifie littéralement « le pré du bouc ».
Avant toute diabolisation, ce mot désigne probablement :

  • un lieu de rassemblement rural,
  • une clairière ou prairie communale,
  • parfois associée à des croyances locales ou à des figures symboliques.

Le bouc, dans le folklore européen, est un animal ambivalent : force vitale, fertilité, indocilité. Ce n’est que plus tard, sous l’influence des théories démonologiques chrétiennes, que cette figure sera systématiquement assimilée au Diable.

➡️ Point clé : le mot akelarre n’implique pas, à l’origine, un sabbat démoniaque. C’est l’Inquisition qui lui donne ce sens.


Les procès de 1609–1610 : quand le mythe devient affaire d’État

Zugarramurdi entre tragiquement dans l’histoire au début du XVIIᵉ siècle, lors des procès de sorcellerie menés par l’Inquisition espagnole. Des dizaines de personnes — femmes, hommes et enfants — sont accusées d’avoir participé à des akelarres nocturnes.

Les accusations évoquent :

  • des réunions dans les grottes,
  • des danses,
  • des festins,
  • des pactes diaboliques,
  • la présence d’un bouc noir présidant les rassemblements.

Ces récits sont obtenus dans un climat de peur intense, souvent par pression psychologique, rumeurs de voisinage et contagion de témoignages.

Fait capital et trop souvent oublié : l’Inquisition espagnole elle-même finit par douter. L’inquisiteur Alonso de Salazar y Frías conclut, après enquête, que la majorité des accusations reposent sur des croyances inculquées, des récits appris, et non sur des faits observables. Cette position mènera à un net ralentissement des procès.

➡️ Zugarramurdi devient ainsi un cas emblématique montrant comment un « lieu de sabbat » peut être fabriqué par le discours judiciaire.


Les grottes : lieu rituel ou espace social réinterprété ?

Aucune preuve archéologique ne démontre l’existence de rituels occultes organisés dans les grottes de Zugarramurdi. En revanche, plusieurs éléments sont plausibles :

Hypothèse 1 — Un lieu de sociabilité populaire (hautement crédible)

Les grottes ont pu servir à :

  • des rassemblements communautaires,
  • des fêtes saisonnières,
  • des rencontres à l’abri des intempéries,
  • des pratiques culturelles locales.

Dans un contexte de christianisation stricte, ces usages peuvent être perçus comme suspects.

Hypothèse 2 — Une survivance de rites saisonniers (plausible)

Comme pour Beltane ou Walpurgis, certaines pratiques liées au cycle agraire, à la fertilité ou aux saisons ont pu subsister sous forme populaire, sans structure « sabbatique » organisée.

Hypothèse 3 — Le sabbat démoniaque tel que décrit par les procès (faible crédibilité)

Les récits de bouc-diable, de vols nocturnes et de messes inversées correspondent point par point aux manuels démonologiques de l’époque, non à des traditions basques documentées.


Pourquoi Zugarramurdi est devenu un symbole mondial

Zugarramurdi n’est pas seulement un village accusé de sorcellerie. Il est devenu :

  • le lieu étymologique du mot akelarre,
  • un exemple majeur de construction du mythe du sabbat,
  • un symbole de la violence des persécutions fondées sur la peur et la rumeur.

Aujourd’hui encore, le site est associé à la sorcellerie, au point d’accueillir un musée et des événements culturels. Comme pour le Brocken, le lieu est passé :

  1. d’un espace naturel et social,
  2. à un lieu diabolisé,
  3. puis à un symbole culturel et touristique.

Verdict : Zugarramurdi, vrai lieu de sabbat ?

✔️ Oui, si l’on parle d’un lieu central dans l’histoire des sabbats tels que définis par l’Inquisition.
Non, si l’on cherche la preuve d’un culte satanique organisé et ancien.

Zugarramurdi raconte avant tout l’histoire d’un mot, d’un lieu et d’une peur collective. L’akelarre n’y est pas né comme sabbat démoniaque, mais comme espace rural réinterprété, puis transformé en symbole de transgression par le regard judiciaire et religieux.


FAQ – Akelarre & Zugarramurdi

Pourquoi Zugarramurdi est-il associé aux sorcières ?
À cause des procès de 1609–1610 et de l’usage du mot akelarre dans les témoignages inquisitoriaux.

Le mot akelarre signifie-t-il vraiment “sabbat” ?
Non à l’origine. Il signifie « pré du bouc ». Le sens de « sabbat de sorcières » est une relecture tardive.

Les grottes étaient-elles un lieu secret ?
Non. Elles étaient ouvertes et connues des habitants, ce qui va à l’encontre de l’idée d’un culte clandestin.

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